Le tapis de prière et le chapelet occupent une place à part sur le marché saoudien : une demande constante toute l’année, qui se démultiplie lors de saisons précises, et une forte présence sur le marché du cadeau, de l’hospitalité et des présents rapportés par les pèlerins du Hajj et de la Omra. Ce sont aussi deux articles qui demandent à l’importateur un sens dont il n’a pas besoin pour des sacs ou de l’outillage : le sens de la relecture et du respect dans le motif.
La saisonnalité : le timing décide du profit
Les pics de cette catégorie sont connus et prévisibles : le Ramadan et l’Aïd al-Fitr, la saison du Hajj et la longue saison de la Omra. Le problème, c’est que les usines chinoises le savent aussi : leur capacité de production se remplit tôt, leurs prix montent et leurs délais de livraison s’allongent à mesure que la saison approche.
Le calcul pratique : le temps de production après validation de l’échantillon, puis environ trois à quatre semaines de fret maritime jusqu’à Djeddah, puis le dédouanement et la distribution intérieure. Additionnez le tout et vous verrez que la commande doit partir quatre à six mois avant la saison. La marchandise qui arrive au milieu du Ramadan se vend, mais celle qui arrive un mois avant se vend à plein prix et sur les rayons de devant.
Autre avantage de la commande anticipée : vous obtenez la priorité à l’usine, ainsi que le temps nécessaire pour relire l’échantillon deux fois au lieu d’une seule relecture faite dans l’urgence.
Les matières : qu’est-ce qui distingue un tapis d’un autre ?
La plupart des tapis de prière importés de Chine sont produits en fibres synthétiques, et leur qualité varie énormément sous une apparence identique. Fixez des chiffres :
- Le poids du poil en grammes par mètre carré : c’est l’indicateur le plus fiable de la densité et du toucher. Deux tapis de même dimension peuvent afficher un écart de poids du simple au double.
- La hauteur du poil : elle détermine la douceur au toucher et le confort au moment de la prosternation.
- Le type de fil : le velours, la chenille et le polyester imprimé ont chacun leur aspect, leur prix et leur durée de vie.
- L’envers du tapis : exigez une sous-couche antidérapante. Un tapis qui glisse sur un sol en marbre ou en carrelage est un vrai problème pratique, et c’est la première chose que l’utilisateur remarque.
- Les bords : le surfilage des lisières ou les franges sont les premiers à se défaire. Vérifiez-les sur l’échantillon en tirant légèrement.
La solidité des couleurs est un point sur lequel on ne transige pas, ici plus qu’ailleurs : le tapis sert quotidiennement, il peut toucher le front du fidèle et il peut être lavé. Exigez un rapport d’essai de solidité des couleurs au frottement à sec et humide ainsi qu’au lavage, en particulier pour les teintes foncées et rouges.
La relecture du motif : le paragraphe le plus important de ce guide
Les usines chinoises conçoivent en fonction de ce qui rend bien en photo, non d’une compréhension du contenu. Chaque motif doit donc passer par une relecture minutieuse de votre part avant la production. Soyez attentif à :
- Les textes coraniques et le nom d’Allah : ils ne doivent pas être imprimés à un endroit foulé par les pieds. Vérifiez minutieusement l’emplacement de toute inscription portée sur le tapis.
- L’exactitude de l’écriture arabe : les usines reproduisent le texte comme une image, d’où des erreurs de lettres, des mots liés à tort ou inversés. Demandez une image haute définition du motif final et lisez chaque lettre vous-même.
- Les images des Lieux saints : si elles sont utilisées, elles doivent être nettes, exactes et respectueuses, et non des images médiocres et déformées.
- Le sens du motif : le mihrab du tapis n’a qu’un seul sens correct. Une erreur de sens à l’impression rend toute la cargaison invendable.
Cette relecture prend une heure et protège une cargaison entière. Ne la déléguez ni au fournisseur ni à l’agent : faites-la vous-même, ou confiez-la à une personne dont vous avez confiance dans le savoir.
Les chapelets : une classification qui change avec la matière
Les chapelets (masbaha / tasbih) ne forment pas une seule ligne tarifaire ; leur classement varie selon la matière : le plastique n’est pas le bois, qui n’est pas la pierre naturelle, qui n’est pas le métal. Cela signifie un HS code différent et des droits de douane différents, et cela signifie aussi que la facture doit détailler les articles par matière au lieu d’écrire « chapelets » en un seul poste.
Côté qualité : vérifiez la résistance du fil ou du câble de montage, qui est le premier point de rupture, et exigez un fil renforcé. Vérifiez la solidité de la couleur des perles au frottement, ainsi que la douceur des arêtes. Quant aux chapelets présentés comme étant en pierres précieuses ou en matières naturelles, leur description exige une vigilance particulière : vendre une matière synthétique pour une matière naturelle est un problème à la fois commercial et réglementaire, et la description portée sur la facture doit être conforme à la réalité.
L’emballage et le marché du cadeau
Une part importante des ventes de cette catégorie part en cadeau, en particulier pendant les saisons du Hajj et de la Omra. Cela veut dire que l’emballage n’est pas un détail mais une partie du produit. Un coffret élégant ou une pochette en velours augmente le prix de vente de plusieurs fois son coût. Et un ensemble réunissant un tapis, un chapelet et parfois un exemplaire du Coran dans un même coffret se vend bien mieux que les pièces séparées, avec une marge supérieure.
Pour le transport : les tapis sont une marchandise volumineuse et de poids modéré, c’est-à-dire que le conteneur se remplit en volume avant d’atteindre la limite de poids. Demandez à l’usine de les comprimer et de les emballer de façon à réduire le volume : cela fait baisser sensiblement le coût de transport à la pièce, en veillant à ce que la compression ne laisse pas de marque permanente dans le poil.
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